Par Nadia BOUABDELLAH-CHEREF · pharmaccess.dz janvier 2025

Industrie pharmaceutique algérienne : consolider les acquis et accélérer la transformation
Dr. Nadia BOUABDELLAH-CHEREF
Pharmacienne spécialiste
Publié dans PharmAccess.dz — janvier 2025
1. Renforcer les capacités de production nationale
Avec un taux d’autosuffisance pharmaceutique estimé à 70 % en valeur, l’Algérie a franchi une étape importante dans le développement de son industrie du médicament. Des disparités technologiques persistent néanmoins, notamment dans certaines catégories thérapeutiques. Les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur et les biomédicaments constituent des segments prioritaires pour répondre durablement aux besoins de santé publique.
L’appareil productif national, encore largement orienté vers la fabrication chimique, doit ainsi évoluer vers de nouvelles capacités, particulièrement dans la bioproduction. Cette transformation nécessite une meilleure coordination des acteurs, le renforcement des collaborations et l’adaptation des formations aux nouvelles compétences recherchées. Elle doit également intégrer les dispositifs médicaux dans l’évaluation de la couverture sanitaire.
2. Moderniser la distribution et accélérer la numérisation
L’amélioration de la distribution repose sur l’application rigoureuse des Bonnes Pratiques de Distribution (BPD). Celles-ci impliquent un système de gestion de la qualité documenté, des procédures standardisées, une évaluation régulière des risques et une qualification des fournisseurs et des clients. La traçabilité doit être garantie à chaque étape du circuit.
Dans ce contexte, la transformation numérique doit dépasser la simple adoption d’outils informatiques pour rendre la chaîne d’approvisionnement plus efficace, plus sûre et plus résiliente. La sérialisation, grâce à l’identification unique de chaque produit, permet de suivre le médicament de sa fabrication jusqu’à sa délivrance. Elle facilite son authentification, les rappels en cas de défaut et l’adaptation de la production à la demande réelle.
Malgré les investissements nécessaires, notamment pour les petites entreprises, ces évolutions peuvent améliorer durablement la performance du secteur.
3. Développer une coopération industrielle régionale
Le patrimoine industriel algérien constitue une opportunité pour développer une sous-traitance régionale compétitive. Cette ambition suppose de moderniser les infrastructures, d'adopter des technologies de fabrication avancées et de renforcer les compétences humaines. La formation continue et la numérisation des processus sont essentielles pour répondre aux exigences des partenaires internationaux.
Une coopération régionale structurée autour de pôles d’excellence complémentaires permettrait de mutualiser les ressources et les savoir-faire sans créer de dépendances excessives. La production de substances actives pharmaceutiques pourrait notamment devenir un segment stratégique pour soutenir les exportations et renforcer la souveraineté pharmaceutique régionale.
Les accords avec la Tunisie offrent une première base favorable au développement de partenariats et à une meilleure intégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
4. Faire de la qualité un levier de compétitivité internationale
La publication du guide des Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF), accompagnée de nouvelles procédures d’évaluation et de certification, constitue une avancée dans la structuration du secteur. Elle engage les opérateurs dans une démarche de mise en conformité avec les exigences internationales.
Le projet d’adhésion de l’Algérie au réseau PIC/S représente une perspective majeure, qui nécessitera un environnement réglementaire solide et une harmonisation des pratiques d’inspection.
L’enjeu est désormais de transformer les acquis en capacités durables, en faisant de la qualité, de l’innovation et de la coopération les piliers du développement de l’industrie pharmaceutique algérienne.





