Financer durablement la lutte contre le cancer en Algérie

Par Mouadh Tabainat — Président de l’ANPHA · pharmaccess.dz mai 2024

Un enjeu majeur de santé publique

L'Association nationale des pharmaciens algériens (ANPHA), créée en
2020, réunit des pharmaciens de différents secteurs autour des enjeux
scientifiques et socio-économiques du médicament. Son objectif est de
maintenir le pharmacien au cœur des problématiques liées aux produits de
santé, au service des patients, des cliniciens, des chercheurs et des
décideurs.

Le 18 novembre 2023, à l'ESHRA d'Alger, le sixième sommet de l'ANPHA a porté sur le cancer et le rôle du pharmacien d'officine et du pharmacien hospitalier. Cette rencontre a réuni cliniciens, pharmaciens, autorités,
acteurs économiques et représentants de la centrale d'achats autour d'une question centrale : comment financer durablement les plans et les thérapies anticancéreuses en Algérie ?

Une incidence en hausse et des traitements en évolution

Les estimations citées lors des échanges indiquaient environ 58 000
nouveaux cas de cancer en 2022, avec une projection de 62 000 cas en
2025. Le nombre de décès liés à la maladie était estimé à 32 000. En
2020, l'âge médian au diagnostic était de 50 ans. Ces tendances
soulignent l'importance de renforcer la prévention, le dépistage et la
capacité de prise en charge.

Les cancers hématologiques représenteraient 11 % des cancers en Algérie
et constituent la première catégorie de cancer chez l'enfant. Leur
diagnostic et leur traitement sont complexes et peuvent nécessiter des
équipes spécialisées ainsi que des unités protégées, voire stériles.

Le vieillissement de la population et l'amélioration des capacités de
détection contribuent à accroître les besoins. La chimiothérapie, la
radiothérapie et la chirurgie restent des piliers du traitement,
auxquels s'ajoutent les thérapies ciblées et les immunothérapies. Ces
innovations peuvent améliorer la prise en charge, mais elles rendent
aussi plus pressantes les questions d'accès, de planification et de
financement.

Un financement à sécuriser

En Algérie, l'État finance l'essentiel des prestations et des
traitements réalisés dans les structures sanitaires publiques. Certains
examens biologiques ou radiologiques prescrits par des établissements
publics sont toutefois effectués dans le secteur privé, ce qui implique
une coordination entre les différents acteurs.

Les chiffres présentés pour 2022 estimaient que les dépenses consacrées
au cancer représentaient environ 10 à 15 % du budget de la santé. Pour
2023, les crédits de fonctionnement attribués aux centres anticancer
opérationnels s'élevaient à 12 milliards de dinars. Les crédits
d'investissement inscrits au profit des centres anticancer pour les
exercices 2021, 2022 et 2023 atteignaient 17,9 milliards de dinars.

Au-delà des montants mobilisés, l'enjeu est de garantir la continuité de
la prise en charge et de donner aux acteurs une visibilité suffisante
pour planifier les besoins, soutenir la recherche et favoriser le
développement de l'industrie pharmaceutique.

Des données pour mieux décider

La constitution de bases de données nationales accessibles sur les coûts
de prise en charge, ainsi que la traçabilité des actes médicaux et
pharmaceutiques, constitue une priorité. Des données fiables
permettraient de mieux mesurer les besoins réels des patients, d'évaluer
les politiques de lutte contre le cancer et d'orienter l'allocation des
ressources. Elles contribueraient également à renforcer la transparence
et la responsabilité dans la gestion des budgets.

Cette démarche doit s'accompagner d'une amélioration des procédures de
passation des marchés publics. Les règles d'achat doivent tenir compte
des spécificités des produits de santé afin de favoriser des achats
stratégiques, de mieux anticiper les besoins et de sécuriser
l'approvisionnement.

Mieux intégrer les pharmaciens au parcours de soins

Le pharmacien hospitalier a un rôle essentiel au sein de l'équipe
multidisciplinaire en oncologie, comme le soulignait déjà le Plan cancer
2015-2019, notamment dans son axe 4. Le pharmacien d'officine,
professionnel de proximité, peut pour sa part contribuer à
l'accompagnement des patients tout au long de leur parcours.

Il est donc nécessaire de décloisonner les pratiques entre hôpital et
ville, mais aussi entre secteurs public et privé. Une planification
concertée, fondée sur la coopération interdisciplinaire, peut améliorer
l'équité d'accès aux soins et la continuité de l'accompagnement. Le
réseau officinal doit être considéré dans cette réflexion, notamment à
travers une étude prospective sur la faisabilité et l'impact de
programmes de remboursement, par l'assurance maladie, de certaines
thérapies anticancéreuses.

Pour une stratégie globale et durable

Le financement des anticancéreux ne peut constituer, à lui seul, une
politique de lutte contre le cancer. Une stratégie efficace doit couvrir
l'ensemble du parcours : prévention, dépistage, diagnostic, traitement
et accompagnement psychosocial. Elle doit aussi agir sur les principaux
facteurs de risque et mobiliser plusieurs secteurs autour d'objectifs
partagés.

Enfin, une veille stratégique est nécessaire pour suivre les évolutions
scientifiques, économiques et réglementaires à l'international et mieux
adapter les décisions nationales. La pérennité de la lutte contre le
cancer en Algérie reposera sur une approche globale : des financements
planifiés, des données fiables, des achats adaptés et une coopération
renforcée entre tous les professionnels.


ANPHA • Enjeux du financement des thérapies anticancéreuses

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