Industrie pharmaceutique : les enjeux d'une internationalisation

Par Sarah Charif · In Pharmaccess.dz, février 2024

L'industrie pharmaceutique algérienne a connu, au cours des vingt dernières années, un développement important qui lui permet aujourd'hui de contribuer fortement à la satisfaction des besoins nationaux en médicaments. Le pays dispose d'environ 200 unités de production, qui ont produit plus de 2,5 milliards d'euros de médicaments en 2022. La production locale couvre près de 70 % des besoins en médicaments génériques, tandis que les 30 % restants concernent principalement les produits innovants, plus difficiles à développer. Ces performances placent l'Algérie parmi les principaux producteurs pharmaceutiques du continent africain.

Une stratégie porteuse

Entre 2019 et 2022, les laboratoires pharmaceutiques nationaux ont enregistré des résultats encourageants, aussi bien dans la fabrication de génériques que de médicaments princeps. Plusieurs entreprises, notamment Saïdal, El Kendi, Biopharm, Pharmalliance, Merinal et d'autres laboratoires, participent à la couverture de la demande locale en quantité et en qualité. La croissance du marché pharmaceutique, particulièrement marquée entre 2021 et 2022, a également permis de dégager des excédents pour certains produits. Cette évolution ouvre des perspectives d'exportation vers l'Afrique, puis vers le Moyen-Orient, l'Asie et l'Europe.

Cependant, l'internationalisation du secteur nécessite une stratégie structurée. Selon l'expert Mohamed Nibouche, la priorité consiste à mettre les sites de fabrication et de distribution aux normes internationales. Cette démarche permettrait de créer un véritable label pharmaceutique algérien, capable de renforcer la confiance des partenaires étrangers. Elle doit également s'accompagner du développement des compétences humaines et d'une réglementation favorisant la production de médicaments destinés exclusivement à l'exportation. L'Algérie pourrait ainsi devenir un centre régional de production et de distribution pharmaceutiques au service des marchés africains.

Les pouvoirs publics ont déjà engagé plusieurs actions pour soutenir cette ambition. La création de l'Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) constitue une étape importante dans la modernisation de la gestion et de la réglementation du secteur. Par ailleurs, l'existence d'un ministère consacré à l'industrie pharmaceutique témoigne de l'importance stratégique accordée à cette filière. L'Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP) collabore également avec les autorités afin de développer les exportations et de faire du médicament un moteur de diversification économique, au-delà des hydrocarbures.

Une présence renforcée

La coopération internationale représente un autre levier essentiel. En mai 2022, le salon El Djazair Healthcare, organisé à Dakar, a favorisé le rapprochement entre les institutions algériennes et sénégalaises. Une convention entre les deux agences de régulation a notamment facilité les démarches d'enregistrement et d'audit des établissements de production. En juin 2023, lors du Forum pharmaceutique international organisé également à Dakar, vingt opérateurs algériens ont rencontré des professionnels du secteur et renforcé leur visibilité régionale. En novembre 2023, un projet d'accord entre l'ANPP et les autorités pharmaceutiques maliennes a aussi été envisagé pour faciliter la reconnaissance mutuelle et la commercialisation des médicaments algériens.

Une politique d'accompagnement

Malgré ces avancées, plusieurs obstacles persistent. En 2022, les exportations de médicaments algériens atteignaient l'équivalent de 50 millions de dollars, un montant encore modeste au regard du potentiel industriel national. Les entreprises rencontrent des difficultés liées à la bureaucratie, aux autorisations administratives et à l'environnement économique. Un système bancaire efficace et un meilleur accompagnement institutionnel sont indispensables pour faciliter leurs opérations à l'étranger.

Enfin, l'amélioration de la compétitivité exige de lutter contre les pratiques irrégulières, notamment les défauts de facturation, l'importation de médicaments non enregistrés, le dumping et les ruptures de stock provoquées. Le renforcement de la pharmacovigilance est également nécessaire pour garantir la qualité et la sécurité des produits.

En conclusion, l'internationalisation de l'industrie pharmaceutique algérienne constitue une opportunité majeure de croissance économique et de rayonnement continental. Sa réussite dépendra de la qualité des produits, du respect des normes internationales, de la simplification des procédures, de la coopération régionale et d'un soutien durable des pouvoirs publics.

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